L'esprit, l'ordinateur et les lois de la physique
À propos des ordinateurs, de la pensée et des lois de la physique

Cassini • Publié 2016
Les explications transforment le monde
Quel type de connaissance permet de transformer le monde et pourquoi certaines explications ouvrent-elles des possibilités qui semblaient jusque-là inexistantes ? Dans Le commencement de l'infini, David Deutsch élabore une philosophie du progrès fondée sur la défense de l'explication scientifique. Contre la simple accumulation de données ou la prédiction sans compréhension, il soutient que le savoir progresse lorsque nous formulons des conjectures susceptibles de répondre à des problèmes et que nous les soumettons à une critique rigoureuse. La faillibilité n'est pas une faiblesse accidentelle de la raison : elle est la condition même de la correction des erreurs et de l'apprentissage.
L'ouvrage prolonge la tradition épistémologique de Karl Popper et la relie à la physique, à la théorie de l'évolution, à l'informatique et à l'histoire des idées. Deutsch distingue les explications difficiles à modifier sans perdre leur force explicative de celles que l'on peut adapter à n'importe quel résultat. C'est là, selon lui, une différence décisive entre la science et les récits qui semblent tout expliquer parce qu'ils ne risquent en réalité presque rien. Expliquer ne signifie pas posséder une certitude définitive, mais disposer de théories permettant de comprendre pourquoi les choses sont ce qu'elles sont et susceptibles d'être améliorées.
À partir de ce principe, l'auteur déploie une enquête d'une ampleur remarquable : l'universalité de certaines formes de connaissance, la créativité, l'évolution culturelle, l'intelligence artificielle, les fondements de la physique quantique, le sens de l'optimisme et la possibilité de résoudre des problèmes que nous ne savons pas encore formuler. Sa défense d'une interprétation particulière de la mécanique quantique, parmi d'autres positions discutables, doit être lue comme une composante de son système intellectuel, et non comme un consensus scientifique établi.
L'idée d'infini n'annonce pas naïvement un progrès automatique. Deutsch affirme que les limites de la croissance du savoir ne sont pas déterminées à l'avance par une prétendue incapacité essentielle des êtres humains, mais reconnaît que les avancées dépendent d'institutions, d'habitudes critiques et de dispositions culturelles capables de préserver la possibilité de rectifier les erreurs. Là où l'erreur devient dogme et où la critique est étouffée, le progrès peut s'interrompre.
Publié en 2011, Le commencement de l'infini occupe une place singulière entre vulgarisation scientifique et philosophie des Lumières. Sa provocation majeure consiste à renverser la question habituelle : il ne s'agit pas seulement de demander ce que nous pouvons connaître, mais quelles transformations deviennent possibles lorsque nous apprenons à produire de meilleures explications.